Genève, 12 juin 2022. Le siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est en effervescence. Les ministres de l’Économie et des Finances sont venus du monde entier faire le point sur les dégâts causés par le Covid et les sinistres perspectives de la guerre en Ukraine. Le décorum ressemble fort à celui des Nations unies: des petites tables ou pupitres ornées d’une pancarte qui indique en lettres capitales le pays représenté. Juste après les pupitres de la Guyane et la Guinée, un jeune homme aux traits adolescents se prend en photo. Puis se lève. Dans un costume bleu clair ajusté, il s’adresse aux ministres: «Je vous salue au nom du gouvernement et du peuple de la Grenade». Il présente les excuses du ministre du Commerce «qui n’a pas pu venir participer à nos délibérations» avant de lire un discours tiède sur le contexte économique post-pandémie. Les connaisseurs du milieu de la blockchain ont reconnu le fantasque Justin Sun.
Statut de diplomate refusé
Le milliardaire chinois de 33 ans, fondateur de la plateforme crypto TRON, a confié à l’ambassade de Grenade le soin de présenter ses lettres de créances aux autorités suisses. Quelques mois avant sa prise de parole, la Mission suisse a refusé de lui accorder le statut de diplomate, notant qu’il n’était officiellement pas domicilié à Genève mais en Grenade, comme l’avait révélé le magazine Bilan. Pour parer l’argument, il promet qu’il viendra vivre sur place. Mais de nouveau, le statut de diplomate lui est refusé.
En cause? La contradiction apparente entre ses activités d’homme d’affaires et celle de diplomate. Régie par la Convention de Vienne, l’immunité diplomatique ne peut être accordée que selon certaines conditions. Ce qui n’empêche pas Justin Sun de se présenter en «Excellence» depuis fin 2021, un titre honorifique qu’il semble chérir puisqu’il continue à s’en prévaloir alors qu’il a été démis de ses fonctions à l’OMC par le nouveau gouvernement de la Grenade en mars dernier.
Dépenses ahurissantes
Cette brève incursion dans le monde policé de la diplomatie n’a rien d’anecdotique. Aussi insaisissable que sa monnaie virtuelle, le jeune Chinois est difficile à localiser et son prétendu poste diplomatique est loin d’être son premier coup d’éclat. En 2018, il rachète le site d’échange de fichiers Bit Torrent pour 140 millions de dollars. Un an plus tard, il dépense 4,57 millions pour déjeuner avec Warren Buffet, avant d’annuler lui-même la rencontre sous pression apparente de son gouvernement. Fin 2021, il réserve pour 28 millions de dollars sa place à bord d’une fusée pour la Lune opérée par la future société de tourisme spatial de Jeff Bezos.
Il a aussi dépensé 78,4 millions de francs pour acheter un Nez de Giacometti, actuellement exposé à Paris. Des dépenses ahurissantes qu’il se permet grâce à une fortune récoltée dans les cryptomonnaies et notamment avec sa société Huobi, une plateforme d’échanges. Une activité qui lui vaudra d’être condamné il y a quelques mois par le gendarme américain de la Security and Exchange Commission (SEC). Cette dernière lui reprochait d’avoir rémunéré des célébrités – parmi lesquelles l’actrice et mannequin américaine Lindsay Lohan, mariée récemment à un banquier de Credit Suisse – pour faire de la promotion déguisée de ses cryptomonnaies.
Des cryptos pour des passeports
Officiellement, la Chine interdit les cryptos depuis 2021. Mais Justin Sun, lui, ne cache pas ses activités. Il est inconcevable que le jeune homme puisse étaler son succès aux quatre coins du monde sans de solides protections politiques. Interrogé sur ses liens éventuels avec les sphères politiques ou sécuritaires chinoises par Heidi.News, il n’a pas souhaité répondre à nos questions.
L’intérêt de Justin Sun pour les Caraïbes en général, et la Dominique en particulier, est lié au programme de naturalisation de la petite île. L’homme d’affaires chinois n’a pas procédé via les cabinets d’avocats ou les intermédiaires dévoilés par le projet Passeports des Caraïbes. C’est au travers du lancement d’un projet de monnaie virtuelle que Justin Sun a pris contact avec le sommet de l’Etat.
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